Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse vient à moi aussi, j’allume l’ordi et me concentre sur les images de mon écran. Une succession de clichés à n’en plus finir véhiculés par les séries et films avec lesquels je m’abrutis. Ils abreuvent des idéaux de vie future que je me suis constituée. Quand je prends un peu de recul alors que je vis certains de ces moments, mes sentiments se troublent. Je les ai vu sur ces images, je les ai ressenti, je les ai voulu, je les ai imaginé, je les ai vécu et je les ai plus vécu que ceux que je vis réellement.

Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse vient à moi aussi, je prends mon téléphone et fais défiler inlassablement les fils d’actualité des réseaux auxquels je suis abonnée. Tout un tas de mots, de ponctuations excessives et d’émoticônes qui ajoutent des émotions aux récits de moments passés ou présents. Est-ce-que le souvenir est plus marquant que l’instant ? Difficile de dénouer le vrai du faux. Des visages illuminés par les flash. Tout s’enchaîne très vite, mon doigt glisse sur du vide et se presse contre des cœurs.

Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse vient à moi aussi, je ne lis pas les livres disposés ça et là. Certains sont empilés, leur couverture bien au chaud sous la poussière. Des liserés de couleurs qui servent de déco et racontent une histoire que je ne cherche pas à connaître. Des univers bien loin du mien dans lesquels plonger ne me tente pas. Pourtant, ils sont là, je les ai emmenés jusqu’à chez moi. Pourtant, ils sont là, avec moi et mes bonnes intentions. Et maintenant, le temps est venu que je les échange contre d’autres.

Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse vient à moi aussi, je déballe des gâteaux goût chocolat. Ils me font du bien aux papilles, au cœur et à l’esprit ; ils contentent temporairement mon ennui. Je suis en pilotage automatique, je m’occupe, je m’oublie. Ils se succèdent et disparaissent si bien qu’à la fin je mange de l’air en me remémorant leur existence. Le paquet n’est plus mais l’ennui vit. Mon plaisir est épuisé et j’ai du mal à me remémorer ce qu’il m’a procuré. Mon corps a conservé leur mémoire, nous aurons une discussion plus tard.

Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse ne vient pas à moi, je tourne le bouton de la radio que je n’ai pas. J’écoute se diffuser via écran interposé ces atmosphères de joie qui se répandent autour de moi. Et je chante à ne plus avoir de voix, et je danse à accrocher mes chaussons sur le parquet en bois. Défilent les sourires qui déforment ma bouche. Je me sens un peu ridicule quand je lâche prise, je suis ici et à la fois ailleurs. Je n’ai plus le contrôle, je ne joue aucun rôle. Je ne sais plus trop si je vis l’instant ou si je me vois le vivre.

Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse ne vient pas à moi, je sors les pinceaux et la peinture que je n’ai pas. Je me fais une image mentale de mon oeuvre. J’essuie les couleurs les unes près des autres. Surtout ne pas les mélanger, je veux faire ressortir leur personnalité. Je dépose mes émotions pour voir ce que je ressens. Une explosion de couleurs, elles pénètrent les fibres de la toile. Les formes sont indécises mais se dégagent d’elles une certaine rondeur. Il y a du rouge, du vert, du jaune, du bleu ; il y a du baume au cœur.

Parfois, je m’ennuie, et lorsque la paresse ne vient pas à moi, je laisse mes doigts courir sur le clavier noir. Je regarde à l’intérieur. Je n’ai plus de maux à faire lire. Alors je cherche, je fouille, à la recherche d’inspiration ; j’essaie d’écrire, qu’il y ait un peu de sens à tout cela.

Aujourd’hui mon envie a remplacé l’ennui, j’ai posé des mots sur lui.

 

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