Les gens, je pars. Il était temps.

Petite, je faisais de la danse classique et du jazz. J’avais prévu de vivre 6 mois à un an dans chaque pays. J’aurai été masseuse, joueuse d’échecs ou escrimeuse.

Au collège, je faisais toujours de la danse. J’aimais imiter Patricia Kass, dessiner des robes avec un bustier en cœur, jouer de l’orgue sans déchiffrer les partitions, faire du roller, du vélo dans la colline, du volley ball et battre les garçons en course de vitesse. Je rêvais d’être danseuse professionnelle où professeur de danse dans mon immense maison avec une école de danse intégrée. Je me voyais bien styliste, biologiste, écrivaine où militaire. Et puis surtout, j’aimais aller voir ma famille en Martinique, plus que la découverte de l’Italie avec l’école, malgré les fascinantes ruines de Pompéi et les corps figés sous la cendre.

Au lycée, je faisais du hip hop, de la salsa et je chantais sous la douche quand je ne tentais pas ma chance dans des concours. Presque secrètement je rêvais d’intégrer une école à la Julliard School. Mais manifestement, l’art ne payait pas, ma carrière aurait été incertaine, le salaire dérisoire et surtout je suivais ma raison plus que mon cœur. J’étais à deux doigts de vomir les rendez-vous d’orientation, les sites spécialisés, les tests de personnalité et autres fiches métiers que j’ingurgitais. Je rêvais toujours d’être danseuse professionnelle. A défaut je serais devenue sociologueavocate, assistante socialedécoratrice d’intérieur mais aussi journaliste, professeur ou archéologue. C’est noyé parmi ce flot impétueux de métiers que l’idée d’un Gap year m’a cogné la tête mais est repartie aussitôt. Finalement, je suis partie à l’Université de Droit, bien décidée à vivre de justice, de prestige et d’argent en tant que notaire, juge où avocate.

En licence, je faisais toujours du hip hop et j’ai commencé la dancehall. Je me suis essayée au judo, au basket ball, et à la salle de musculation. Entre 2 TD, j’oscillais entre juriste d’entreprisehuissier de justice, douanière, directrice des ressources humainesgreffière, et inspectrice du travail. Le droit m’a appris beaucoup. Il m’a également bourré le crâne d’arrêts de jurisprudence, d’articles du Code Civil et a failli m’achever à grand coup d’histoire du droit fiscal. J’avais terriblement envie de m’aérer l’esprit et partir. J’hésitais à changer de voie : conseillère en image, rédactrice en chef, psychologue, coach personnelagent immobilier ou encore travailler dans le tourisme. Mais j’avais peur de mettre mes études en stand by et ne pas y revenir. J’avais fourni trop d’efforts pour ne pas aller au bout. Finalement j’ai choisi de faire un Master I Droit de la Culture et de la Communication puis un Master II Droit des Medias.

En Master, je me suis essayée au stretching, au step, au fitness. Je continuais un peu la dancehall ainsi que la salsa, ponctuellement. J’aurai pu être commissaire priseur, juriste en propriété intellectuelle, attachée de presse, médiatrice culturelle, chargée de mission au CSAagent artistique ou travailler à la SACEM. Pour valider mon année, je suis montée à Paris afin d’effectuer un stage au sein de la régie publicitaire d’un groupe media indépendant. Après 6 mois, demeurait cette envie de partir. Une sorte d’encombrement mental ; besoin de souffler, de prendre du recul, de partir ; mon avenir me paraissait flou.

J’ai évolué au sein du service pendant 4 ans ; on m’a confié de plus en plus de responsabilités. Cette entreprise m’a vue grandir puis me consumer. J’ai appris beaucoup dans des secteurs qui m’étaient inconnus et surtout sur moi : mes compétences, mes capacités et mes limites. J’ai fait du commercial, de la communication, de la rédaction, du media planning, du traffic management, du recrutement, du management, du marketing, du juridique. A l’époque, j’ai pris des cours de samba, je me suis intéressée au développement personnel, j’ai commencé la guitare, la peinture, j’allais souvent au cinéma, à des concerts et j’améliorais mon anglais à grand renfort de séries. Je m’étais inscrite pour un VIE, mais ce n’était pas concluant. Lorsque d’un commun accord mon travail et moi nous nous sommes séparés, j’ai tout quitté pour redescendre dans le sud de la France.

De retour chez moi, dépossédée de tout, j’étais déboussolée. J’avais un Master II de Droit des Medias mais pas d’expérience notable. J’avais une expérience multidisciplinaire de 4 ans au sein d’une régie publicitaire mais pas de formation. J’avais des doutes et je manquais de confiance en moi. J’étais épuisée moralement, mentalement et physiquement. J’avais besoin de décompresser, me recentrer. Ca m’a pris du temps. La première chose que j’ai faite pour retrouver un équilibre c’est m’inscrire dans un cours de danse classique. J’ai commencé le yoga, l’aquagym,le théâtre et la gestion de communauté. J’ai continué la peinture sur des toiles de plus en plus grandes. J’ai repris les balades en bord de mer et l’écriture de chansons. Puis au terme de quelques balbutiements, j’ai lancé mon blog. Sur les rails à nouveau, j’avais besoin d’une nouvelle impulsion, de relever un défi et m’investir dans un projet professionnel afin de m’épanouir personnellement. Cette idée qui avait germée, il y a quelques années, a grandi et évolué avec moi. Il était temps de partir.

Une amie m’a parlé du PVTTout s’est ensuite imbriqué très vite, enfin presque. Je me suis inscrite pour le PVT Canada puis j’ai commencé à faire du tri dans mes affaires : jeter, donner, descendre à la cave. A croire que, dans ma tête, j’étais déjà partie. Premiers jours, première ronde, première invitation alors que j’étais en Martinique. N’ayant ni ordinateur, ni wifi, j’ai fais des aller-retours chez ma tante pour tenter de déchiffrer, sur l’ordinateur de ma cousine, ce que je devais faire. Pratique ces mini-ordis, surtout quand on oublie ses lunettes de vue. Au bout de 2 semaines o_0, c’était fait. Heureusement que j’avais des vivres : gâteau ananas, pâtés de Noël au poulet et jus de prune de cythère. Une semaine après, j’avais ma lettre d’introduction. Un sentiment de satisfaction, un nouveau départ, le champ des possibilités décuplés.

L’euphorie, furtivement, puis aussitôt, le calme plat.

Nous sommes la veille de mon départ et tout me paraît encore irréel. Parfois l’excitation ou l’inquiétude me piquent. Petit pincement au cœur lors de mes derniers cours de théâtre et de danse. C’est le dernier soir dans mon lit, dans ma chambre, avant longtemps. J’ai laissé ma guitare, ma peinture et mes toiles. Elles tiendront compagnie aux 3/4 des vêtements et chaussures que je n’ai pu enfourner dans ma valise. C’est la première fois que je pars habiter si loin pour me réaliser : le grand saut. J’ai longtemps été spectatrice de ma vie et de celle des autres ne sachant quelle direction prendre. J’admirais leur initiative, leur courage, leur force de caractère et le fait qu’ils saisissent les opportunités.

Aujourd’hui, je saisis cette opportunité et je pars.

 

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8 Commentaires sur "Les gens, je pars. Il était temps."

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Marine Hcn
Invité

Super texte Lodie ! Une belle aventure s offre à toi. Aujourd’hui, elle est faite de doutes et d incertitudes… demain elle sera enrichie de rencontres, de souvenirs et de moments inoubliables :-)! Have fun!! Lets the dream come true <3

Omar
Invité

Tu pars, mais tu n’es pas seule… on t’accompagne dans cette nouvelle histoire.

Alain Renaud
Invité

Magnfique publication … j’ai appris un peu plus sur toi
Tu as osé …. fonce maintenant ma chérie
Ton papa qui t’aime

Ju
Invité

Aujourd’hui c’est toi qui écrit ta vie,
Bye les préjugés et les « on doit »,
Fais de ta vie ce que tu veux qu’elle soit. Bisous copine.

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