Julie m’a gentiment proposé de faire une expérience de médiation culturelle à Trois-Rivières. Je ne sais pas trop ce que c’est, à priori, mais je suis carrément partante ! Le lendemain, elle m’envoie quelques informations ; il s’agit d’un parcours de peur. Finalement, je suis beaucoup moins motivée qu’au départ mais bon, des gamins de 16 ans peuvent y aller, alors moi aussi ! En plus c’est le dernier soir, je ne vais pas faire ma chochotte, je suis une grande « fifille » : force & honneur.

Pourtant, la peur, c’est vraiment pas mon truc. Et pour cause, la première fois que j’ai vu la photo d’un vampire dans le télé 7 jours, j’avais 8 ans et la nuit même, j’ai rêvé que toute ma famille se faisait décimer. Le sang était répandu partout, jusque sur les rambardes de l’escalier de l’immeuble. Horrible.

17h30, nous voilà parties en communauto, direction la vieille prison de Trois-Rivières. A l’arrivée nous rejoignons notre groupe composé de 10 personnes.

19h30, avant de commencer le parcours de peur, notre guide nous relate quelques histoires sur la prison de 1822 à 1986, jusqu’à sa fermeture pour insalubrité. Elle est aujourd’hui intégrée au Musée québécois de culture populaire. On a eu le droit de savoir, notamment, où étaient pendus les prisonniers et où étaient enfermés les cas psychiatriques, tout ça sur fond de cris horribles de femmes et d’hommes provenant de l’intérieur de la prison. Il y a un départ toutes les 30 minutes pour le parcours de peur. Je présume donc que ces cris sont ceux des gens du groupe précédent. Je regarde Julie, Julie me regarde, deux flipettes devant une prison en pleine nuit avec un groupe d’inconnus. C’est sûr, on va se donner la main du début jusqu’à la fin.

Mon esprit a commencé à faire des scénarios depuis longtemps. J’ai peur que des morts vivants – allez savoir pourquoi – me chopent les cheveux dans le noir et que des mains m’attrapent les chevilles. Je ne fais pas la fière et je me dis, au pire, en cas de peur intense et incontrôlable, comme j’ai mal au dos, je simulerai et je justifierai, ainsi, rapidement, mon départ du groupe, tout en laissant Julie, mon amie que j’adore et à laquelle je tiens beaucoup, avec le reste du groupe. Coucou Julie.

Le tour va bientôt commencer mais avant, on doit laisser manteaux, écharpes et téléphones. Noooooon. Mais si. C’est censé me rassurer ? Parce que ça ne fonctionne pas du tout. Pas moyen de communiquer avec l’extérieur une fois à l’intérieur. Déjà qu’il m’arrive de l’embarquer aux toilettes. Pas de grimaces, je sais que vous faites pareil, bande d’accro. Comment vais-je faire pour survivre ?

Dans la salle ou nous sommes, j’ai remarqué cette petite porte innocente. Elle a l’air quand même vicieuse. Je suis persuadée que quelqu’un va surgir et me courir après en faisant des gestes étranges. Pendant ce temps, notre guide nous met en condition : le groupe précédent a perdu un visiteur. Ah bon. Quel con. Et puis, il s’y passe des choses étranges ; des portes qui claquent, des chaises qui se déplacent, des murmures, des cris ; les murs sont encore hantés par les anciens prisonniers qui y sont morts. Sinon, est-ce-qu’on peut encore faire demi-tour ? Ma dignité, là, tout de suite, rien à foutre.

J’y vais quand même. Probablement par curiosité. La curiosité est un vilain défaut. Il fait sombre, il y a de la fumée partout, pour seul éclairage, la lampe de poche de notre guide qui plante déjà le décor ; elle a paumé les clefs. Ca, c’est malin ! On est déjà à l’intérieur et bien sûr, on ne peut pas rebrousser chemin. Bon, ben on va l’attendre dans cette pièce obscure, froide, où peuvent se cacher des tas de personnes mortes et vivantes à la fois. Mon premier réflexe, regarder partout : les recoins, sous la table, les fenêtres, les rideaux, les portes. Soudain, un gardien entre dans la pièce et nous aveugle littéralement avec sa lampe de poche. Il a du sang sur les tempes, ni pupilles, ni iris, et des cernes démesurées. Sur son injonction, nous nous mettons face au mur. Il nous prend par petits groupes et nous disperse dans des cellules. On ne distingue pas grand chose. Je suis toujours accrochée à Julie comme une moule à son rocher. Je veux rentrer chez moi, maman.

Notre guide revient et nous demande la raison pour laquelle nous sommes tous parqués à droite et à gauche. Allez savoir ! On s’est dit que ça pouvait être fun de jouer à cache-cache dans une prison hantée, en pleine nuit… Moment de répit dans une salle avec télé. Enfin, presque, subitement, quelque chose vole devant la porte de la salle, un cri fracassant. On doit vraiment y retourner ? Je suis bien, là, malgré la dame bizarre aux cheveux gras qui essuie ses mains derrière l’écran de la télé, qui date de 1980.

Il y a vraiment trop de cellules dans cette prison, ça me demande beaucoup d’attention de vérifier, partout, s’il n’y a pas quelqu’un de louche qui traîne. De fait, je n’écoute pas un mot de ce que nous dit notre guide. Un ancien prisonnier, sort de sa cellule. Il n’a pas l’air très vivant celui-là. Il va dans la cellule d’en face, et bien sûr, nous pénétrons dans la sienne. Exactement ce que j’avais prévu. Allons l’attendre chez lui. J’ai toujours rêvé de faire la conversation à un mort-vivant.

A l’époque, il n’y avait pas assez d’espace pour tout le monde et les prisonniers étaient les uns sur les autres. J’en juge par l’étroitesse de l’espace dans lequel je me suis retrouvée, après que notre guide nous ait tous fait rentrer dans des cellules à barreaux. Lit simple à droite et lits superposés à gauche, il n’y a la place que pour mes jambes au milieu des deux. Je n’ai pas trop envie de rester là, je suis sûr qu’il y a quelqu’un de bizarre qui est sur le lit superposé et me regarde avec haine. Derrière moi Julie, devant moi, quelqu’un de mon groupe, devant lui la porte de la cellule. Puis, j’entends une petite voix, sortie de nul part, qui dit « maman » plusieurs fois. Et là, c’est le drame. Je pousse le gars devant ; faites-moi sortir de là. Je déteste les trucs psychologiques, ça me fait virer complètement parano.

On continue le parcours de peur, de toutes les façons, pas le choix. On rentre dans une autre cellule, plus grande celle-là. C’est moi ou il y a des corps momifiés sur les lits qui tapissent les murs ?

Ma tactique, toujours au milieu de tout le monde. Dans les films, si quelque chose arrive, c’est souvent les derniers ou les premiers qui meurent. Je veux rester en vie.

On emprunte les escaliers de secours. Lumière, enfin. Je repère les issues de secours, au cas où. Une nouvelle fois, notre guide nous abandonne lâchement pour aller chercher ses clefs. Apparaît alors le fameux gardien d’un autre temps qui nous demande de nous asseoir sur les escaliers, les uns derrières les autres, sur le côté gauche. Je flippe à l’idée que qu’un mort descende ou monte les escaliers et nous souffle son haleine fétide dans le nez. Le gardien me regarde et saisit l’occasion pour nous faire part d’une anecdote plutôt marrante sur les lunettes. A l’époque, ils les prenaient pour en faire des armes, aiguisaient les branches et les plantaient entre les côtes car sous les côtes, il y a les poumons. Le temps que les médecins arrivent, celui qui s’était fait agressé, était mort. Charmant.

Revoilà notre guide. Elle nous emmène avec elle, cette fois, dans la partie la plus excitante, celle des cas psychiatriques. Ben oui, tiens, quelle bonne idée. Elle nous demande de nous installer autour de la cellule qui se trouve au milieu de la pièce. Il faut absolument retrouver les clefs pour sortir de la prison. Dans la cage, un détenu fou, il parle tout seul et essaie de nous attraper en passant ses mains à travers les barreaux. Le bruit des clefs résonne dans sa cellule. Deux personnes de notre groupe entrent les chercher. Vous pensez bien que ce n’était pas moi. Non que la peur m’ait paralysé ; il faut, aussi, laisser la chance aux autres de prouver leur bravoure. Je ne peux pas, toujours, être la personne ressource en cas de danger. 

Les clefs récupérées, nous sortons ; ce n’était pas trop tôt !

J’ai eu beau me dire que j’étais en train de faire un parcours de peur, j’ai été tellement prise par l’expérience que je n’ai pas bronché. Entre les cris, les histoires, les interactions, les comédiens, le noir et la fumée je me suis fait un scénario plus épouvantable dans ma tête, qu’en réalité. Ils jouent sur la peur psychologique pour que le visiteur créé sa propre peur. Un parcours immersif très bien pensé.

A savoir, chaque année, le parcours de peur change. On peut également visiter la prison de jour et il est possible de dormir dedans.

 

 

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2 Commentaires sur "Parcours de peur de Trois-Rivière, même pas peur, ou presque"

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Omar omar
Invité

Oufff tu as survecu a cette visite a ce que je vois!! J’espère que tu nas pas fait de cauchemard par la suite… pour ce qui est de ton experience avec le « télé 7 jours » tu m’as bien fait rirr.

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